Vous êtes sur le point de virer un acompte à quatre ou cinq chiffres à une société que vous n'avez jamais vue, dans un pays où vous n'avez aucun recours simple. La bonne nouvelle : la Chine est l'un des pays où l'information légale sur les entreprises est la plus accessible — à condition de savoir où regarder. Voici la procédure de vérification que nous appliquons avant chaque mise en relation, reproductible en grande partie par vous-même.
Le document de départ : la licence commerciale (营业执照)
Toute entreprise chinoise légale détient une licence commerciale (yíngyè zhízhào), l'équivalent d'un extrait Kbis. Demandez-en systématiquement une copie — un fournisseur sérieux l'envoie sans hésiter. Elle contient :
- La raison sociale officielle en chinois — la seule qui compte juridiquement (le nom anglais du site ou d'Alibaba n'a aucune valeur légale)
- Le code USCC à 18 chiffres (Unified Social Credit Code) : l'identifiant unique de l'entreprise, clé de toutes les vérifications
- Le représentant légal, le capital social, la date de création, l'adresse enregistrée
- Le périmètre d'activité (经营范围) : la liste des activités autorisées
Premier contrôle immédiat : le périmètre d'activité couvre-t-il la fabrication de votre produit, ou seulement le « commerce » (贸易) ? Une société dont le scope ne mentionne que le négoce n'est pas l'usine qu'elle prétend être.
Les 7 contrôles, dans l'ordre
1. Vérifier l'USCC sur les registres
Le code à 18 chiffres se vérifie sur le registre public national (le système national de publicité des informations de crédit des entreprises) et sur les agrégateurs privés Qichacha (企查查) et Tianyancha (天眼查) — les équivalents chinois de societe.com, plus riches. L'entreprise doit être 存续 (active). Une entreprise introuvable ou radiée = arrêt immédiat.
2. Croiser la raison sociale chinoise partout
Le nom chinois de la licence doit correspondre : au compte bancaire bénéficiaire de votre virement, à l'en-tête de la facture pro forma, au profil de la plateforme. Le décalage entre l'entité qui vend et l'entité qui encaisse est le mécanisme n°1 de la fraude à l'import. Un paiement demandé vers un compte personnel, une société à Hong Kong sans lien documenté, ou une entité au nom différent : refus.
3. Lire le capital social — et surtout le capital libéré
Qichacha distingue le capital souscrit (déclaratif, parfois fantaisiste) du capital effectivement versé (实缴). Une « usine » au capital libéré de quelques milliers de yuans, créée il y a dix-huit mois, mérite au minimum des questions.
4. Examiner l'historique judiciaire
Les registres chinois publient les litiges civils, les injonctions d'exécution et les listes de débiteurs défaillants (失信被执行人, les fameuses « listes noires »). Quelques litiges commerciaux sont normaux pour une usine active ; une entreprise sous injonctions d'exécution répétées ou dont le représentant légal figure en liste noire est à écarter.
5. Vérifier l'adresse et l'existence physique
Comparez l'adresse de la licence avec celle annoncée. Regardez le site sur les cartes satellites : un bâtiment industriel plausible ou un immeuble de bureaux ? Demandez une visio en direct depuis l'atelier en pointant un détail précis de votre produit — les fraudeurs recyclent des vidéos, ils improvisent mal en direct. Pour tout engagement significatif, une visite d'usine par un tiers (une journée d'audit sur place) reste l'étalon-or.
6. Contrôler les certifications une par une
Un PDF de certificat CE ou ISO n'est pas une preuve, c'est une pièce à vérifier : numéro de certificat contrôlable auprès de l'organisme émetteur, raison sociale du détenteur identique à votre fournisseur, produit et modèle couverts identiques aux vôtres, dates de validité. Les certificats périmés, photoshoppés ou détenus par une autre entité sont d'une banalité totale.
7. Tester la cohérence commerciale
Un fabricant réel connaît ses matières, ses tolérances, ses temps de cycle ; il répond précisément aux questions techniques et documente sans délai. Des réponses évasives sur la production, un refus de fournir des références clients export, une pression au paiement rapide « pour bloquer le prix » : autant de signaux qui, cumulés, disqualifient.
Les red flags qui doivent tout arrêter
- Compte bancaire bénéficiaire différent de la raison sociale de la licence, ou compte personnel
- Changement de RIB en cours de dossier « pour raisons fiscales » (grand classique du piratage de messagerie — revérifiez par un canal indépendant)
- Prix nettement sous le marché avec acompte pressé
- Adresses multiples et incohérentes entre documents
- Refus de la visio d'atelier ou d'une inspection tierce (« pas nécessaire, nous sommes certifiés »)
- Licence « en cours de renouvellement » indisponible
Un seul de ces signaux suffit à suspendre le paiement.
Ce que la vérification documentaire ne voit pas
Qichacha vous dit si l'entreprise existe, pas si sa production est bonne. La vérification légale élimine les fraudeurs ; elle ne remplace ni l'échantillon payant, ni l'inspection qualité avant expédition (AQL), ni la visite d'usine pour les enjeux importants. Les trois étages — légal, produit, production — forment un tout.
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