Oui, un micro-entrepreneur peut légalement importer de Chine et revendre en France. Non, ce n'est pas aussi simple que d'acheter sur Alibaba avec son numéro de SIRET. Entre le numéro EORI, la TVA à l'import que vous ne récupérerez pas, les plafonds de chiffre d'affaires et votre responsabilité juridique de « fabricant » aux yeux de l'UE, il y a plusieurs murs invisibles contre lesquels les créateurs se cognent chaque semaine.
Voici la carte complète du terrain, sans jargon.
Ce dont vous avez besoin avant le premier import
1. Un numéro EORI
C'est votre identifiant douanier européen, obligatoire pour toute opération d'importation professionnelle. Il se demande gratuitement en ligne auprès de la douane française (via le service SOPRANO) avec votre SIRET. Comptez quelques jours. Sans EORI, votre marchandise reste bloquée au dédouanement.
2. Un code APE cohérent
Votre activité déclarée doit couvrir le commerce (achat-revente). Si vous êtes enregistré uniquement en prestation de services, mettez à jour votre activité avant d'importer.
3. Une immatriculation adaptée à vos volumes
La micro-entreprise convient pour tester. Ses plafonds (188 700 € de CA pour l'achat-revente en 2026) et surtout son régime de TVA en font rapidement un costume trop étroit — on y revient.
Le vrai sujet : la TVA à l'import
C'est ici que la micro-entreprise se distingue — en mal.
Le principe : toute marchandise importée en France supporte la TVA à l'import (20 % dans la plupart des cas), calculée sur la valeur en douane + droits de douane + frais accessoires.
En franchise en base de TVA (le régime par défaut du micro-entrepreneur sous les seuils), vous payez cette TVA à l'import mais ne pouvez pas la déduire. Elle devient un coût sec, définitif.
Comparons avec une société à la TVA (SASU, EURL, ou micro ayant opté) :
| Micro en franchise de TVA | Entreprise assujettie à la TVA | |
|---|---|---|
| Achat marchandise + fret | 10 000 € | 10 000 € |
| Droits de douane (ex. 4 %) | 400 € | 400 € |
| TVA à l'import (20 %) | 2 080 € perdus | 2 080 € déduits/autoliquidés |
| Coût de revient réel | 12 480 € | 10 400 € |
À marchandise identique, le micro-entrepreneur en franchise part avec 20 % de handicap de coût sur tout ce qu'il importe. Sur des marges de négoce, c'est souvent la différence entre viable et non viable.
Les issues :
- Opter pour le paiement de la TVA tout en restant micro-entrepreneur : vous facturez la TVA à vos clients, mais vous déduisez celle de vos imports. L'option se demande auprès du service des impôts des entreprises. Indispensable dès que l'import devient votre cœur d'activité, et prérequis pour autoliquider la TVA import sur votre déclaration.
- Basculer en société (souvent une SASU) quand les volumes le justifient : TVA récupérable, charges déductibles (fret, agent, contrôle qualité), image plus crédible face aux fournisseurs et aux banques.
Votre responsabilité juridique : le point que tout le monde sous-estime
Quand vous importez un produit de Chine pour le revendre dans l'UE, vous devenez juridiquement responsable de sa conformité, au même titre qu'un fabricant. Concrètement :
- C'est votre nom qui doit permettre la traçabilité du produit
- C'est vous qui devez détenir la déclaration de conformité (DoC), les rapports de tests et le dossier technique pour les produits soumis au marquage CE
- En cas d'accident causé par le produit, la responsabilité remonte à l'importateur — c'est-à-dire vous, sur votre patrimoine si votre structure ne vous protège pas
Un « certificat CE » envoyé en PDF par le fournisseur ne vaut rien s'il n'est pas vérifiable : organisme réel, numéro de rapport, produit exactement identique au vôtre. C'est l'un des contrôles que nous réalisons systématiquement pour nos clients.
Les plafonds : à quel moment la micro-entreprise devient trop petite
En achat-revente, le plafond de CA de la micro s'apprécie sur le chiffre d'affaires encaissé, pas sur la marge. Avec un coefficient de marge de ×2,5, dépasser 188 700 € de ventes signifie environ 75 000 € d'achats annuels — soit deux ou trois conteneurs de groupage. Beaucoup d'importateurs atteignent ce plafond dès la deuxième année.
Autre limite structurelle : en micro, vos achats ne sont pas déductibles (l'abattement forfaitaire s'applique au CA). Un modèle où les achats représentent 40-60 % du CA, comme le négoce, est fiscalement pénalisé par rapport à une société à l'IS qui déduit ses coûts réels.
Notre lecture : la micro-entreprise est un excellent véhicule de test (premier essai de gamme, validation d'un marché local, premières ventes) et un mauvais véhicule de croissance pour l'import. Testez en micro, passez en société dès que ça marche.
Check-list du premier import en micro-entreprise
- EORI obtenu et rattaché à votre SIRET
- Option TVA évaluée avec un comptable (souvent rentable dès le premier conteneur)
- Code SH de chaque produit identifié → droits de douane et taxes connus avant commande
- Conformité CE vérifiée (catégorie concernée ? tests réels ? notice et marquage ?)
- Coût de revient rendu calculé : produit + fret + droits + TVA (récupérable ou non) + contrôle qualité
- Fournisseur vérifié (licence commerciale, ancienneté, litiges) et paiement sécurisé
- Assurance responsabilité civile professionnelle couvrant l'activité d'import
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